Vous savez quoi ? Y a pas longtemps j'ai parlé de Lui, avec Roxana, longuement et sérieusement. Il n'en découle que peu de choses, mais rien que de la colère et de la souffrance ; même plus de déception à force, parce que j'ai cessé de chercher à comprendre le « pourquoi ?». Et vous voulez savoir une autre chose ? Vous avez beau me dire de pas y penser, que c'est du passé, ça changera jamais rien, c'est ancré en moi jusqu'à la fin de ma vie, et chaque jour qui passe j'y pense. C'est pas pour ressasser et me faire plaindre, non non, c'est parce que je ne peux pas m'y empêcher, c'est toujours là, cette boule coincée au fond de mon estomac qui remonte quelques fois dans ma gorge, et ça fait mal, ça brûle les yeux, ça m'empêche de respirer parfois et je frôle la crise de larmes.
Ce qui m'emmerde le plus ? C'est que eux deux ils ont souffert à cause de Lui, qu'ils en souffrent encore et qu'ils continueront à en souffrir, un milliard de fois plus que moi. Pourquoi ils souffrent davantage ? Parce que moi je ne croyais plus en lui depuis longtemps il avait déjà brisé mes rêves et toutes mes belles illusions, les attentes qu'on peut avoir d'un homme, d'un père et toutes ces choses là, il pouvait revenir, et il peut encore, ça n'y changerait rien. Eux ils y ont cru, ils ont tenté de le sauver, ils ont espéré pouvoir retrouver un semblant de modèle, quelque chose qui leur donnerait envie de construire une famille sans avoir peur d'agir de la même façon que Lui. Il a tout gâché. Dix ans après c'est toujours la même chose, rien n'a changé, il n'est toujours pas là mais on sait ce qu'il fait sans doute. J'ai peur que d'une chose c'est d'un jour faire ma vie avec quelqu'un comme Lui, avec un fantôme qui fait sans cesse espérer et qui déçoit à chaque fois. Ah putain t'en a fait du mal, si tu savais !! Je crois que tu te doutes même pas que t'en fais encore, sombre crétin ! Mais au moins on a grandi, mûri et fait nos vies, on s'est endurcis je crois, ou alors fragilisés peut-être mais on n'en est que plus fiers... T'en a loupé des choses, et t'en louperas encore je le sais... Ca doit être toi en fait le plus malheureux, parce que toi t'as plus rien alors que nous... on forme un « nous ».